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SYNESTHESIE – JEUDI – GUERLEDAN / PAIN-NOIR

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Chaque année fut ponctuée par deux ou trois mois à Mûr de Bretagne. Pendant 16 ans.

Pour combler l’ennui, étouffer l’envie de dépasser le champs de maïs qui bordait la maison d’un ancien ferrailleur – mon grand-père – , il y avait ces deux lieux, deux airs dont les refrains s’étaient perdus derrière des portes.

Le premier est un château, celui de l’Hermitage-Lorge, confisqué par la Gestapo qui en fit son QG pendant la guerre. Ma grand-mère, réquisitionnée pour y faire la ménage, fut contrainte de noyer les tableaux qui ornaient ses murs dans le petit lac bordant l’édifice. Entouré d’arbres silencieux aux pieds desquels furent enterrés vivants les jeunes résistants du bourg – certaines bouches furent cousues au fil de fer – le château resta clos depuis lors.

Je l’observais depuis les ruines de ces fermettes, dépassais son jardin d’herbes folles, avançais toujours plus près pour tenter de l’entendre derrière les hurlements de chiens malheureux, enfermés dans ses caves pour repousser les badauds. Je regardais ses yeux fermés, passais l’oeil devant sa bouche, une grande serrure par laquelle je pouvais apercevoir d’autres fenêtres quadrillées d’autres volets.

Ce château fut le premier personnage de mon histoire. Il ouvre d’ailleurs La Maison Idéale, un film que je dessine. Car il fut longtemps cette Maison. Non pas pour cette noblesse déchue comme son buis. Seulement pour son air, la complainte, l’histoire inaudible qui parcourt ses couloirs, grisaille ses pierres.  J’aime l’idée qu’il soit désormais restauré par un vieux marin qui s’est épris de son secret.

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Xenji devant la Maison Idéale.

La seconde porte est d’une chapelle au sommet d’une colline qui domine le Lac de Guerlédan. La Chapelle Sainte Tréphine. Une sainte mineure qui n’ouvre sa porte qu’une fois par an. L’oeil ne perçut donc jamais que son vitrail. Et les pieds dévalaient entre les fougères pour finalement baigner dans l’eau.

Je suis revenue à cette eau. Cet été, elle avait disparu, réduite au courant pudique d’une rivière qui se faufilait par une écluse. Le Lac artificiel de Guerlédan n’existait plus. Pour un temps. Celui de vérifier le barrage. L’enfance ignorante s’était baignée au dessus du désert des éclusiers. Des maisons dépecées par le courant vacancier. Le passé submergé a planté ses arbres. Des arbres qui semblent déjà morts à l’annonce des eaux prochaines. J’ai photographié des séquences. J’ai vu le JEUDI que je voulais raconter dans mon film consacré à la SYNESTHESIE. Ce jour-là, le brouillard effaçait partiellement l’image.

 

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Alors que nous parlions de tourner des images en France, j’évoquai l’écluse avec Guilhem (3 Minutes sur Mer ) qui se souvint de La Retenue jouée devant la Maison de l’Eclusier, par Pain Noir, marin des eaux passées.

 

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